Rencontre avec Béatrice Desgranges autour de l'ouvrage "La femme du vent" de Liu Xia

Nous avons le grand plaisir d'accueillir Béatrice Desgranges pour la présentation de l'ouvrage "La femme du vent", écrit par Liu Xia et publié aux éditions Circé.
Le livre & L'autrice :
Peintre, photographe, poète, Liu Xia a le génie des « choses vues ». Qu’elle brosse les paysages du Tibet, un arbre en hiver, une comète déchirant la nuit ou le portrait d’un petit mendiant, elle fait danser « le noir et le blanc l'un à l'autre enlacés ». Ses textes, où résonne le chant du monde – de l’Amérique au Japon, de Rutebeuf à Marguerite Duras en passant par Verlaine, Prévert ou Kafka -, racontent son histoire et celle de notre temps. Les fantômes du passé - un grand-père lettré, victime de la « Libération », la jeune Lin Xiao, exécutée en pleine Révolution culturelle, les spectres de Tian’Anmen et les enfants d’Auschwitz -, font tristement escorte à sa vie de femme. On y découvre la magie des jours heureux et la cruauté d’une marâtre fanatique, un désir d’enfant inassouvi et la police des ventres, la hantise du laogai et le désespoir de la séquestration. On y croise des poupées hurlant le cri silencieux de Munch, la chaise vide de Van Gogh, les suppliantes de Camille Claudel ou les figurines dérisoires de Schütte, icônes bouleversantes de la déréliction. Le vol libre des aigles planant dans le bleu du ciel ou la fragilité d’une hirondelle disent la quête de spiritualité d’une âme pétrie de culture bouddhique dans une Chine convertie au marché sous la tutelle du Parti. Ecrits en exil, les derniers poèmes montrent la lucidité implacable d’une conscience toujours en éveil : ils racontent la jeunesse occidentale devenue sourde aux malheurs du monde et le cauchemar des petites Afghanes privées de poésie.
La traductrice :
Professeur de philosophie retraité, militante des droits de l’homme, Béatrice Desgranges a appris le chinois en autodidacte. Amoureuse de la poésie classique, celle des Tang et des Song, elle a entrepris de traduire Liu Xia, alors séquestrée par Pékin, en 2017, pour demander sa libération. Elle a découvert ainsi un grand poète et une femme exceptionnelle, encore trop souvent considérée comme une « note en bas de page » de son mari, le Prix Nobel de la Paix Liu Xiaobo, mort en détention le 13 juillet de la même année.