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Les Lectures de Laura #10



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Commençons tout d'abord ce bilan par une visite au Japon.

J'ai trouvé un homme dans le jardin est un récit doux, drôle et savoureux, autant pour ses dialogues pétillants que pour ses recettes alléchantes. Sayaka est une jeune femme solitaire qui un soir tombe nez-à-nez avec à un jeune homme allongé, inconscient dans un buisson devant chez elle. Jeune homme qui lui dit : “Vous ne voudriez pas me recueillir, Mademoiselle ?” Sayaka, déstabilisée, n'hésite finalement pas longtemps, rassurée par le sens de l'humour et ce je-ne-sais-quoi qui se dégage de cet inconnu. Elle l'invite donc chez elle et très vite, les deux inconnus deviennent amis et mettent au point un contrat de colocation : Sayaka offre un toit à Itsuki, et lui se charge de la tenue de leur foyer et notamment de cuisiner leurs repas. Ainsi Sayaka voit sa vie changer du tout au tout, elle qui était plutôt habituée aux plats préparés, achetés dans les supérettes. Peu à peu, leur relation évolue, amenant Itsuki à initier Sayaka à la cueillette de ce qu'on appelle communément les “herbes sauvages” et à leur préparation. Mais un jour, Itsuki part, sans aucune explication. Sayaka se remémore alors le tout début de leur relation, et jour après jour, elle prépare les plats qu'ils ont élaborés et rythme sa vie au gré des cueillettes.
J'ai beaucoup aimé découvrir toutes ses herbes, plantes et fleurs que l'on peut cuisiner, apprendre leurs histoires, leurs saisonnalités, leurs significations... Il y a une réelle poésie derrière chaque cueillette et chaque préparation végétale. Peu à peu, l'envie nous prend de nous initier à l'art de la cueillette sauvage et de découvrir avec un regard nouveau les quartiers qui nous entourent.

Je continue ma découverte de l'œuvre de Mishima avec Après le banquet, un récit que j'ai beaucoup aimé. J'ai trouvé que cela changeait de ce que j'ai pu lire auparavant (Le marin rejeté par la mer et Vie à vendre). Dans Après le banquet, nous suivons le personnage de Kazu, propriétaire d'un restaurant prestigieux qui a l'habitude d'accueillir de grandes personnalités politiques. A force de les côtoyer, elle connaît tous les engrenages de la politique. Très débrouillarde et indépendante, elle se croit à l'abri de tout éventuel sentiment amoureux... jusqu'au jour où elle accueille Noguchi, un ancien ministre. Attirée par sa personnalité droite et franche, Kazu s'embarque dans cette relation quitte à s'oublier. Kazu et Noguchi se marient, mais leur histoire connaît vite de nombreux troubles tant leurs personnalités sont différentes.
Ce que j'ai aimé dans ce récit c'est surtout le personnage de Kazu qui, emplit d'émois, est prête à se changer pour plaire à l'homme qu'elle aime mais qui, au fur et à mesure de leur histoire, commence à redevenir elle-même et à s'accomplir dans les coulisses de la politique. Une très belle découverte !

"[...] il était clair que Noguchi pensait avoir trouvé dans le mariage sa dernière demeure et que, de son côté, Kazu pensait y avoir découvert sa propre tombe. Mais l'on ne vit pas dans une tombe.

J'apprécie toujours de lire chaque mois au moins un polar et le roman ci-dessous me faisait de l’œil depuis sa sortie.

Irezumi est un roman qui mêle tatouage, érotisme et meurtres. Une jeune femme aux tatouages impressionnants attire tous les regards, y compris celui du jeune frère d'un grand inspecteur de police. Appelé par cette jeune femme, ce dernier se rend chez elle et fait une découverte macabre. Des bras, des jambes et une tête, voilà tout ce qu'il reste d'elle. L'enquête commence sur les chapeaux de roue car de nombreuses personnes tournaient autour d'elle. Un scientifique, collectionneur de peaux tatouées ; son mari jaloux ; son beau-frère possiblement attiré par l'argent ; un employé de son mari complètement amouraché d'elle. C'est un bon polar que j'ai lu d'une traite même si j'ai vu le dénouement de l'intrigue arriver à des kilomètres.

"Comme l'avait déclaré le Dr Hayakawa, le mystère en chambre close, sans entrée ni sortie apparente, constituait le saint graal des auteurs de roman policier. Depuis Double Assassinat dans la rue Morgue, de Poe, en passant par L'Assassinat du canari et Le Chien mort de S.S. Van Dine ou l’œuvre de Dickson Carr, les romanciers n'ont eu de cesse de mettre au défi la matière grise de leurs lecteurs à travers ces énigmes en apparence insolubles. Chez les auteurs japonais, Mushitarô Oguri s'est lui aussi attaché à élever le genre à son plus haut degré de raffinement, en particulier dans son chef d’œuvre, Le Crime parfait."

Je suis ensuite partie du côté de la Chine ! Avec une novella qui m'a beaucoup marqué !

J’ai découvert Sun Pin il y a quelques années avec son recueil de nouvelles Douleurs en chinois. J’étais donc ravie de voir l’une de ses novellas, La chimère au fond du lac, traduite en français par Brigitte Duzan et Zhang Guochuan pour l’Asiathèque. Dans cette novella, on découvre tout l’art de l’écriture de Sun Pin : un vrai talent pour des intrigues courtes empreintes de poésie, des personnages originaux, et un rappel constant aux grands classiques chinois. 
Dans La Chimère au fond du lac, nous suivons un homme qui vit dans une mine abandonnée, au cœur de la forêt dans les montagnes. Il descend en ville uniquement pour vendre des champignons et pour tenir son petit restaurant au bord de la route. Souvent, il rend visite à un vieux monsieur pour lui emprunter des recueils de poésie classique. Chaque visite est l’occasion de dévoiler un petit peu de leur passé. On est pris dans une ambiance mystérieuse, comme si on était dans un village envahi par les brumes, certains passages sont étrangement oniriques. Enfin, cette novella se lit aussi comme un récit à suspense car on sent que le narrateur cache quelque chose et que ses visites quotidiennes au vieil homme ne sont pas si anodines que cela. Un récit à l’ambiance très particulière que j’ai pris beaucoup de plaisir à lire.

Puis je me suis intéressée au dernier roman de Nathacha Appanah dont j'ai beaucoup aimé La mémoire délavée ou Rien ne t'appartient !

La Nuit au cœur est un roman que j'ai lu il y a quelques mois et j'ai eu beaucoup de mal à écrire quelques mots dessus, tant il m'a remué. Je suis passée par toutes les émotions en le lisant : beaucoup de colère, de tristesse, de rage, d’écœurement. Il est très rare que je lise un livre avec la gorge nouée et les poings serrés durant tout le récit. Ce fut le cas ici. Et je repense souvent à nos trois héroïnes, à leurs familles, victimes elles aussi. Je suis ravie que ce roman ait obtenu autant de prix littéraires surtout provenant de jury de lycéens, je pense que c'est ce qui me redonne le plus espoir. Un roman nécessaire, lumineux, rendant hommages à ces femmes guerrières, dont la vie a été arrachée par de simples hommes, des messieurs tout le monde, qui voulaient tout détruire d'elles, tout anéantir. C'est pour cela que ce roman est si important, pour ne pas oublier le nom, le prénom de ces femmes et le courage dont elles ont fait preuve. Chahinez. Emma. Nathacha.

"Une personne ne meurt véritablement qu'à partir du moment où personne n'évoque plus son souvenir, ne dis plus son nom."

Comme pour le polar, j'essaie toujours de lire un récit appartenant aux littératures de l'Imaginaire. Mon choix s'est donc porté sur le roman d'anticipation de Mohsin Hamid, dont j'avais beaucoup apprécié Le dernier homme blanc.

Nadia et Saïd se rencontrent à la fac, tombent amoureux, tout en faisant face aux bouleversements et drames qui déchirent leur ville. Perdre des proches devient leur quotidien et ils le sentent, un destin funeste les attend. Le jour où de mystérieuses portes apparaissent, surgissant de nulle part, ils savent au fond d'eux qu'ils doivent saisir cette chance de s'enfuir et ainsi, espérer pouvoir vivre des jours meilleurs.
Exit West est un roman qui mêle poésie et fantastique, histoire d'amour et récit d'exil. Il nous narre les trajectoires de ces nombreuses âmes qui tentent l'impossible pour fuir l'inimaginable.

"Or, le père y pense, à l'avenir, même s'il ne le dit pas à Saïd parce qu'il craint que cela retienne son fils en arrière alors qu'il sait, qu'il est convaincu que celui-ci doit s'en aller. Ce qu'il tait, c'est qu'il est parvenu à ce point dans la vie d'un père ou d'une mère où l'on comprend que devant les flots d'une inondation, on doit laisser son enfant s'enfuir, et ce contre tous les instincts que l'on avait plus jeune, parce que le serrer contre soi ne suffit plus à lui assurer protection et le retenir ne peut que le mettre en danger et les menacer tous deux de noyade, car l'enfant est désormais plus vigoureux que son père, et la situation requiert maintenant toute la force possible."

Et pour conclure ce bilan, j'ai lu un album jeunesse sans texte mais dont chaque illustration est empreinte de poésie.

L’été dernier est un magnifique album, paisible et nostalgique, qui nous plonge dans nos vacances d’enfance. Ici, le jeune narrateur part en vacances chez ses grands-parents et on le suit dans les premières heures qui suivent son arrivée. La redécouverte d’un bois et d’un lac déjà bien connus mais qui changent chaque été, tout en restant le même. Les illustrations sont splendides, l’illustratrice crée un jeu d’ombres et de lumières qui est d’une douceur incroyable. Le temps d’une lecture, on replonge dans nos souvenirs d’enfance et dans cette sensation bienheureuse d’aventures.

©Kim Jihyun, Seuil Jeunesse L'été dernier , 2022

©Kim Jihyun, Seuil jeunesse L'été dernier , 2022


Je vous souhaite de très belles lectures pour cette nouvelle année !


Bibliographie

J'ai trouvé un homme dans le jardin
23.00 €
Disponible
Après le banquet
8.00 €
Disponible
Irezumi
9.00 €
Disponible
La chimère au fond du lac
12.90 €
Disponible
La nuit au coeur
21.00 €
Disponible
Exit West
7.40 €
Disponible
L'été dernier
15.90 €
Disponible