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Découvrir l'Asie par la nouvelle et autres formes de textes courts



La micro-nouvelle, la nouvelle ou encore la novella (terme donné aux grandes nouvelles) sont des formes de récit largement répandues en Asie. D'ailleurs, les écrivains font souvent leurs armes avec des textes courts, publiés en ligne ou bien dans des magazines littéraires et dans la presse. Au contraire, la France et les lecteurs français sont connus pour préférer la forme longue du roman. Il est parfois difficile de convaincre et de donner envie de lire des recueils considérés comme trop courts, hétéroclites et compliqués quand il s'agit de s'investir dans l'histoire et dans les personnages.

Pourtant la nouvelle, quand elle est bien réalisée, se révèle assez fantastique. Elle nécessite un travail de concision, de précision et de création important pour réussir à faire vibrer sans trop en dire, suggérer sans devenir inconsistant et marquer sans devenir grossier. Qu'elle pose un regard critique sur un fait de société ou qu'elle soit pure exercice de style et travail esthétique, elle trouvera son public quand bien même celui-ci s'ignore encore.

Nous vous proposons à présent de réveiller votre curiosité pour des formes de texte plus court. Peut-être y trouverez-vous un intérêt nouveau pour partir à la découverte d'un auteur ou pourquoi pas, d'un pays ?

En effet, certains recueils comme Nocturne d'un chauffeur de taxi, Séoul, vite, vite ! ou encore Nouvelles de Corée par exemple, seront d'excellents moyens de vous plonger dans des récits de genre divers qui questionnent la société coréenne et ses évolutions contemporaines. Les histoires des protagonistes, qu'ils soient en fuite, à la recherche de quelque chose, contrarié par leur situation ou dans un flou persistant, disent quelque chose des nouvelles problématiques de la vie en Corée : l'esseulement et la solitude grandissants, une forme de désenchantement généralisé, les éloignements familiaux et générationnels, l'aliénation à l'argent, au travail et aux études. Ces problématiques sont racontées avec une certaine dose de gravité, de malaise pour certains ou de fantastique. Heureusement, l'humour (parfois très noir) et l'absurde n'en sont pas exclus, ni la tendresse et les émotions soudaines qui viennent vous prendre à la gorge.

Les 30 meilleures façons d'assassiner son mari (et autres meurtres conjugaux) de Seo Mi-ae aborde le sujet du couple et de la famille en tant que construction sociale comme rite de passage obligatoire. Dans ce recueil, on trouve beaucoup de colère, d'incompréhension entre les protagonistes, de la violence ou de la jalousie. L'autrice a choisi d'y incorporer une bonne dose d'humour insufflant une légèreté des plus appréciables au recueil. Cours papa, cours ! de Kim Ae-ran se penche sur le cas du père. Ou plutôt des pères. L'autrice ayant écrit ce recueil dans le début des années 2000, c'est la Corée de cette époque qui forme le contexte de ses textes. L'ambiance est installée efficacement entre mutations sociales et économiques rapides et éclatement progressif de la cellule familiale. La société coréenne se basant sur un système patriarcal depuis des siècles, la figure du père est incontournable ! Surtout quand il s'agit de mettre en avant des pères disfonctionnels, absents, différents de ce qu'on attend d'eux. Chung Bora, dans Lapin Maudit, explore elle aussi la société mais dans des genres différents. Entre réalisme magique, fantastique, horreur et SF, ses textes sont tous plus surprenants les uns que les autres. Le lecteur ne peut que se trouver dérouté devant l'absurdité géniale de certaines scènes, la cruauté des situations, et l'écriture si particulière de cette autrice formidable qui n'hésite pas à aller dans le cru, le corporel.

Pour explorer cette fois-ci la société thaïe, Café Lovely de Rattawut Lapcharoensap est un véritable bijou. Attention, là encore, les thèmes abordés sont difficiles et la lecture n'est pas de tout repos. Mais qu'elle est enrichissante ! L'auteur se penche sur les voix oubliées de Thaïlande. Celles de ceux qu'on ne voit jamais, loin des fantasmes de plages ensoleillés, des fêtes qui ne se terminent jamais et des balades inoubliables à dos d'éléphants...enfin si ! Il en est question mais pour montrer le pan douloureux de l'esclavagisme dont souffrent les éléphants. Les injustices sociales y sont dépeintes avec douleur mais aussi avec une certaine forme de tendresse et incluant toujours cette volonté et cette résilience inébranlables qui poussent vers l'avant.

Parler de nouvelles ne peut se faire sans parler de littératures de l'imaginaire. En effet, ces genres raffolent des formes de récits courts qui permettent une grande souplesse dans l'écriture et un terrain d'expérimentations parfait. La science-fiction en est un exemple parfait et rien de tel qu'un bon recueil pour découvrir l'univers d'un écrivain. Perles de Chi Ta-wei est particulièrement hétéroclite dans ses textes, ce qui permet de prendre conscience du talent de cet auteur Taïwanais. Il se sert de cette forme courte pour expérimenter genre et écriture. Dans son recueil, il questionne la relation à la technologie, nos identités plurielles, la cellule familiale et n'hésite pas non plus à faire de la réécriture de conte de fée mise en abîme pour parler de la condition féminine.

Si vous êtes déjà lecteur de science-fiction, vous connaîtrez sans aucun doute Liu Cixin et sa trilogie Le Problème à trois corps. Ses deux recueils de nouvelles vous seront peut-être moins familiers. L'équateur d'Einstein et Les migrants du temps contiennent la majeure partie de ses écrits courts et si vous souhaitez poursuivre la découverte de l'univers de cet auteur aujourd'hui connu dans le monde entier, ils seront parfaits !  De même si la longueur de la trilogie vous fait peur, les nouvelles vous permettront de vous faire une idée de l'étendue de l’œuvre de Liu Cixin et de sa capacité à parler du macro comme du micro et l'obsession de ses personnages à comprendre les secrets de l'univers.

Parlant de SF, il serait difficile de ne pas évoquer par ailleurs Ken Liu, l'auteur sino-américain à succès qui a déjà remporté de nombreux prix littéraires. Son recueil The Paper Menagerie and Other Stories remporta notamment le prix Locus du meilleur recueil de nouvelles en 2017. Comme novella d'une grande originalité, au style littéraire presque journalistique, nous avons retenu L'homme qui mit fin à l'histoire. Ce texte mélange ingénieusement technologie futuriste, celle-ci permettant de revivre le passé, avec problématisation de faits historiques véridiques, qui impactent toujours négativement les relations diplomatiques entre le Japon et la Chine. Il est également le traducteur vers l'anglais de nombreuses nouvelles d'auteurs chinois publiés dans deux recueils : Invisible Planets et Broken Stars.

Dans un tout autre style, Lu Xun est un des grands écrivains du début du XXe siècles. Pour avoir été personnellement confronté aux bouleversements qui mirent à bas le système dynastique multimillénaire chinois, ses écrits sont d’une grande force et brossent le portrait d’une époque. Grâce à ses nouvelles, Lu Xun a contribué à donner du prestige au baihua, le langage écrit vernaculaire chinois, par opposition au langage classique. Dans La Véritable Histoire de Ah Q, une novella publiée en plusieurs épisodes entre 1921 et 1922, l’auteur se moque d’une mentalité qu’il méprise, celle d’avoir délaissé les idéaux qui motivèrent la Révolution de 1911, au profit de la bêtise et de la méchanceté.

Sur le balcon est une autre novella de Chine, écrit par Ren Xiaowen, une autrice contemporaine et publiée en 2011. Comme le dit si bien Brigitte Duzan, qui a traduit ce texte en français et qui ainsi connait bien le style de l'autrice, "l'univers de Ren Xiaowen est un monde difforme et cruel, mais dans ses aspects quotidiens". Dans ce texte, on découvre la vie assez misérable de Zhang Yingxiong dans un Shanghai en pleine modernisation. Au détriment des petits gens, la création des nouveaux quartiers exproprie des familles entières, pouvant ainsi créer des ressentiments coriaces chez les personnes touchées. 

Dans Deux personnes seules au monde nous retrouvons l'univers si particulier de Kim Young-ha. Il renoue avec le genre de la nouvelle et nous en offre trois au calibrage puissant et riches en émotions. La solitude est omniprésente, le drame et les affres de la vie aussi. le talent de cet auteur réside dans sa manière d'aborder les angoisses, la perte d'un être cher avec une bonne dose d'humour noir et de burlesque. Ce recueil est un livre dont la narration oscille entre le comique et la tragédie, où les émotions sont décuplées, où l'on lit des passages entiers avec l'irrépressible envie de les noter dans un carnet pour les relire à notre guise.

Ce qui est incroyable avec Yoko Ogawa, c'est qu'on ne sait jamais à quoi s'attendre. C'est toujours une vraie surprise, elle se rend là où on ne l'attend pas. Dans le recueil Les paupières, le réel et l'irréel se croisent, nous sommes dans un monde semi-onirique. L'autrice écrit avec beaucoup de poésie, de délicatesse, elle traite de nombreux sujets : la solitude, l'errance, la mémoire... On ne comprend pas toujours le sens caché derrière chaque nouvelle, mais on se laisse porter par le style, l'originalité du récit et son univers si singulier, on savoure le mystère et les touches de fantaisie présents dans ses nouvelles.

Une yourte sinon rien est un recueil de nouvelles écrit par Marc Alaux, que vous connaissez peut-être pour Sous les yourtes de Mongolie, La vertu des steppes ou encore Ivre de steppes. Vous l'aurez compris, c'est un grand spécialiste et passionné de la Mongolie, il a permis à de nombreux lecteurs de voyager à ses côtés et de découvrir ce territoire majestueux. Avec ce recueil de nouvelles, il nous enchante de par son écriture et ses personnages de toutes conditions, héros des steppes. A chaque fin de nouvelle, il propose un petit paragraphe explicatif sur une notion culturelle présente dans le texte. Un vrai plus !

J'ai écrasé un mouton est un recueil de nouvelles drôle, frais et ancré dans la culture tibétaine. Écrit en langue chinoise par Pema Tseden, réalisateur tibétain, figure de proue du cinéma tibétain, ce recueil comporte 8 nouvelles qui se passent dans les hauts plateaux tibétains. Ici, il est question de moutons, de bergers, de famille, de réincarnation, de rédactions scolaires. Nous suivons la vie des petites gens, la garde du troupeau dans les prairies, la saillie de brebis, les prières bouddhiques. L'auteur écrit avec beaucoup de malice, et on ne peut s'empêcher de sourire voire de rire à de nombreux passages. La langue est orale, la narration étant majoritairement composée de dialogues très vivants, qui seraient dignes d'un script de films. Vous l'aurez compris, chaque nouvelle est une petite pépite de malice et de découvertes de la culture tibétaine.

Que cette sélection vous mette l'eau à la bouche et qui sait, vous permette de peut-être découvrir un nouveau style littéraire !

- Clémence, Camille et Laura


Bibliographie

Nocturne d'un chauffeur de taxi
17,50 €
Disponible
Nouvelles de Corée
11,99 €
Disponible
Séoul, vite, vite ! (poche)
9,00 €
Disponible
Les 30 meilleures façons d'assassiner son mari (et autres meurtres conjugaux)
14,90 €
Disponible
Cours papa, cours !
15,00 €
Disponible sous 4 à 7j
Café lovely
7,90 €
Disponible
Perles
19,50 €
Disponible
L'équateur d'Einstein - Nouvelles complètes Tome 1
24,80 €
Disponible sous 4 à 7j
L'homme qui mit fin à l'histoire
8,90 €
Disponible
La véritable histoire de Ah Q
7,50 €
Disponible
Sur le balcon
7,90 €
Disponible
Deux personnes seules au monde
7,50 €
Indisponible
Les paupieres
8,20 €
Disponible
Une yourte sinon rien : nouvelles de Mongolie
11,90 €
Disponible
J'ai écrasé un mouton
19,50 €
Disponible
Yukiko
6,50 €
Disponible
Les réfugiés
8,00 €
Disponible
Petits crimes japonais
9,00 €
Disponible
La jeune fille suppliciée sur une étagère, suivi de Le Sourire des pierres
7,10 €
Disponible
saules aveugles, femme endormie
9,20 €
Disponible
Bruits dans la montagne
12,90 €
Disponible
Maintenant que j'ai cinquante ans
7,00 €
Disponible