L'art de la Corée

La Corée du Sud est particulièrement mise sur le devant de la scène ces dernières années. Son succès dans le domaine audio-visuel, avec la K-POP, les K-dramas et le cinéma, mais aussi dans d'autres champs tels que la beauté et la gastronomie, amène de plus en plus de personnes à s'intéresser à la culture sud-coréenne. Mais qu'en est-il des beaux-arts ? Cet article est une introduction à l'art coréen, du traditionnel au plus contemporain.
Bonnes découvertes !
Histoire de l'art et Art traditionnel
Pour découvrir l'histoire de l'art de la Corée, plusieurs ouvrages sont proposés. Le plus complet pour retracer l'art de la péninsule : L'art de la Corée, un parcours chronologique complet de l'art en Corée depuis les origines jusqu'au début du XXe siècle.
Arts of Korea présente la collection coréenne, très complète, du Museum of Fine Arts de Boston avec des explications détaillées sur les grandes époques.
Plus précisément sur le royaume de Koguryo (고구려) : Le Koguryo : un royaume de l'Asie du Nord-Est : données épigraphiques et archéologiques et ses épitaphes-biographies de hauts fonctionnaires, inscriptions votives invoquant la protection du Bouddha, animaux protecteurs des points cardinaux guidant l'âme du défunt vers l'au-delà... Des vestiges qui offrent un témoignage rare sur le système de pensée, la genèse de l'écriture, les croyances et pratiques rituelles de cet ancien royaume.
Korean Treasures met en lumière, pour la première fois dans un seul ouvrage, des manuscrits, livres rares et objets coréens majeurs conservés à la Bodleian Library et dans les musées d’Oxford, longtemps négligés, en offrant à la fois une présentation illustrée de pièces exceptionnelles et un aperçu des collections coréennes de l’université.
Du côté de la peinture, Diamond Mountains : Travel and Nostalgia in Korean Art est un bel ouvrage qui retrace, du XVIIIᵉ siècle à nos jours, la représentation artistique des monts Geumgang (금강전도), paysage emblématique et aujourd’hui inaccessible de l’identité coréenne, en montrant comment Jeong Seon (정선 - 1676-1759) et ses successeurs ont transformé la peinture et célébré durablement ce site mythique.
La céramique
La poterie coréenne se divise en trois grandes catégories : Cheongja - 청자 (céladon), Buncheong - 분청 (céramique coréenne en grès) et Baekja - 백자 (porcelaine blanche). Le céladon, développé durant la dynastie Goryeo (918-1392), se distingue notamment par sa couleur bleu-jade et sa technique d’incrustation. La porcelaine blanche, elle, atteint son apogée sous la dynastie Joseon ; elle est parfois purement blanche, parfois décorée de motifs peints, notamment au précieux bleu cobalt importé. Le Buncheong, populaire entre le XVe et le XVIe siècle, est une céramique plus libre, née après la chute de Goryeo, lorsque les potiers ont quitté les fours gouvernementaux.
Aujourd'hui, la poterie coréenne est toujours très populaire auprès des collectionneurs ou amateurs d'art.
Pour en connaître les secrets : The Scholar´s Vision, The Photographer´s Eye : Korean Ceramics (1392-1910) , Traditional Korean Ceramics: A Look by a Scientist, Korea Ceramics - The Beauty of Natural Forms.
L'art moderne et contemporain
L'art coréen des 20e et 21e siècles est malheureusement peu connu en dehors de la Corée. Sous la colonisation japonaise, les artistes ont vécu des temps de censures : les japonais ont tenté d'effacer et d'éliminer l'art coréen par le pillage et la destruction des œuvres d'art, par la fermeture des écoles d'art et en forçant les quelques artistes qui restaient à suivre le style japonais. C'est à partir de 1910, sous l'occupation japonaise que l'art coréen entre en contact étroit avec l'art occidental. La technique de la peinture à l'huile avec la peinture académique est introduite tout comme le style des modernes, l'impressionnisme et le fauvisme.
Pour le moment, nous n'avons qu'un ouvrage sur cette période clef de l'art coréen : The Space Between: The Modern in Korean Art qui retrace les influences étrangères et comment elles ont été acceptées -ou rejetées- puis utilisées, mais aussi un premier aperçu du contemporain. Les plus notables de cette période sont les introductions de la photographie, de la sculpture et de l'huile, qui sont arrivées par le Japon et ont fini par définir l'art moderne en Corée.
Only the Young: Experimental Art in Korea, 1960s–1970s est une étude majeure consacrée à l’avant-garde coréenne de l’après-guerre. Les années 1960 et 1970 constituent en Corée une période de transformations profondes, marquées par une urbanisation et une modernisation rapides, dans un contexte politique autoritaire et d’ouverture croissante au monde. Face à ces bouleversements sociaux, économiques et culturels, une jeune génération d’artistes développe une pratique radicale et novatrice, regroupée sous le nom d’« art expérimental » (실험미술). Rompant nettement avec leurs prédécesseurs, ces artistes redéfinissent les limites de la peinture et de la sculpture traditionnelles et explorent de nouveaux médiums — performance, installation, photographie, vidéo — ainsi que des matériaux et procédés souvent audacieux et provocateurs. Mise en lumière d'une génération d’artistes — parmi lesquels Choi Boonghyun, Ha Chong-Hyun, Kim Kulim, Lee Kang-So, Lee Kun-Yong ou Park Hyunki — qui ont utilisé l’art comme un outil critique pour interroger et réinventer une société en pleine mutation.
Connaissez-vous Lee Ufan ? Né en 1936, en pleine colonisation japonaise, il est un artiste mondialement reconnu et honoré. Son travail est parfois considéré comme proche de l'art minimal, mais il n'a pas revendiqué cette proximité. L'art de cet artiste, longtemps réalisé au Japon, est ancré dans une appréciation orientale de la nature des matériaux et aussi dans la phénoménologie européenne moderne. Sa participation aux premiers temps du mouvement artistique Mono-ha (« l'école des choses ») a été déterminante dès 1969. D'origine coréenne, mais vivant au Japon, il apporte cette double culture dans ses œuvres.
Autre artiste notable, GaHee Park : née en 1985, élevée dans une famille catholique stricte à Séoul, GaHee Park a très
tôt fait du dessin un outil de liberté face à un environnement qu’elle
jugeait conservateur et sexiste. Son départ pour les États-Unis, d’abord
à Miami puis à Philadelphie, marque un tournant décisif : formée à la
peinture abstraite, elle développe un langage pictural personnel, mêlant
influences classiques et modernes (de Balthus au Douanier Rousseau, en
passant par le cubisme ou Alex Katz). La peinture de GaHee Park s’impose comme un espace d’émancipation intime et artistique. Ses toiles, souvent construites comme des natures mortes, placent le spectateur dans une position de voyeur. Les corps figés, les fruits et les fleurs aux connotations ambiguës, les détails dissonants introduisent un trouble subtil. Refusant de “tout donner” émotionnellement, l’artiste cultive l’ambiguïté et laisse volontairement des zones d’ombre, ouvrant la voie à une pluralité d’interprétations.
Et bien sûr, comment parler de l'art contemporain sans mentionner l'ouvrage Korean feminist artists : confront and deconstruct : Un panorama de l'art féministe en Corée du Sud et de son impact sur le paysage culturel d'Asie de l'Est, organisé selon des thèmes tels que la politique queer, l'écoféminisme, la diaspora ou encore l'abstraction. Le travail de 42 artistes est analysé, de leurs confrontations avec l'establishment artistique dominant à la signification de leurs prises de position esthétiques et politiques.
La mode et le design
Le hanbok (한복), en plus d'être le costume traditionnel de la péninsule de Corée, est peu à peu devenu un phénomène de mode qui se traduit par de nombreuses apparitions dans des magazines de mode ainsi que dans des défilés de haute couture. Certains créateurs tels que Andre Kim et Lee Young-hee ont remis le hanbok aux goûts du jour en développant un style plus sophistiqué et élégant qui serait susceptible de plaire aux Occidentaux. S'il n'a pas connu de changements majeurs depuis sa création à l'époque du royaume du Koguryo, il a néanmoins su évoluer au fil des siècles. Il est aujourd'hui caractérisé par des couleurs vives et des lignes simples, souvent accompagné d'accessoires.

Il est difficile de trouver des ouvrages traitant de l'histoire du hanbok, mais nous pouvons proposer aux fans de coutures, ou au plus curieux, des manuels détaillant la fabrication d'un hanbok pour femme, homme, ou enfant : 한복만들기 1 | Créer un hanbok 1 et 한복만들기 2 | Créer un hanbok 2. Koo Hye-Ja a compilé dans un carnet les techniques de couture qu'elle a apprises de sa belle-mère, et les a faites siennes, avant d'en faire des carnets. Attention, ce sont des ouvrages uniquement en coréen.
Concernant la mode coréenne, Little book of Séoul style nous plonge dans la capitale du style en Asie de l'Est. Du hanbok à la hallyu, de la sobriété à l'expérimentation, du streetwear à la haute couture, la ville a su associer les contraires avec inventivité. Ce guide richement illustré nous invite à découvrir les traditions, les créateurs et créatrices de mode, les sous-cultures et les tendances de la K-fashion sur la scène internationale.
Le design graphique coréen peut être décrit comme une alchimie fascinante entre traditions ancestrales et designs ultra-modernes.
C'est donc entre tradition et modernité, que Korea now ! craft, design, graphisme, mode fait découvrir l'art coréen dans trois domaines majeurs de la culture contemporaine : le design graphique, le design d'objets et la mode. La culture sud-coréenne a eu un impact significatif sur la scène mondiale au cours des dernières décennies, gagnant en popularité et influençant divers aspects de l'art, du divertissement, de la mode et du style de vie, captivant le public mondial par sa créativité. Made in Korea - Awe-inspiring Graphics from Korea Today présente une sélection triée sur le volet de projets de design couvrant un éventail extraordinaire d'identités visuelles, de designs de marque, d'emballages, d'affiches, de graphismes, de mode, de design spatial et plus encore. Finalement, c'est une célébration des talents et des visions créatives émergents en Corée du Sud. Ouvrage en anglais.
La cuisine, la mode, la décoration intérieure et la culture coréennes sont de plus en plus populaires et influencent désormais les grandes tendances, à l'international, et notamment au Japon grâce à l'influence des K-dramas et de la K-POP. TRENDY KOREAN DESIGN & UNIQUE BRANDING IDEAS présente les designs uniques et innovants de la Corée, notamment les designs « newretro » qui revisitent les styles rétro dans une version moderne, la typographie originale qui exploite pleinement les caractères hangeul, les motifs et personnages colorés et pop, et bien plus encore...
Pour conclure, et ouvrir sur l'architecture, Graphic Designs from Stylish Shops & Cafes in Korea est un ouvrage présentant les différents coffee shops en Corée du Sud. Véritable marché, au-delà d'un phénomène de mode, le design d'intérieur particulièrement reconnaissable de ces cafés font leur réputation en dehors du pays. Le design d'espace, le choix de la typographie, ou encore le détail de la marque jusqu'au creux de l'assiette, tout devient matière à observation. Chaque coffee shop affirme son identité unique, déclinée dans des univers variés. Un ouvrage intéressant sur le design très actuel et contemporain à l’œuvre dans l'architecture.
L'architecture
L’histoire de l’architecture en Corée du Sud reflète les profondes transformations culturelles, politiques et sociales qu’a connues la péninsule coréenne au fil des siècles. Des palais royaux et temples bouddhistes de l’époque des Trois Royaumes aux gratte-ciel ultramodernes de Séoul, l’architecture coréenne se caractérise par un dialogue constant entre tradition et modernité. Longtemps influencée par le confucianisme, le bouddhisme et la relation harmonieuse avec la nature, l’architecture traditionnelle coréenne privilégiait l’équilibre, la simplicité et l’adaptation au paysage.
Au 20ᵉ siècle, la colonisation japonaise, puis la guerre de Corée, ont profondément bouleversé le paysage architectural du pays, entraînant une phase de reconstruction rapide et d’urbanisation intense, mêlant influences occidentales, innovations technologiques et réinterprétations contemporaines de son héritage traditionnel. L’architecture sud-coréenne constitue aujourd’hui un témoignage vivant de l’histoire du pays mais aussi, de sa capacité à concilier identité culturelle et modernité globale.
Cho Byoung-soo, qui est né et a vécu à Séoul, a été le témoin des changements rapides causés par le développement économique fulgurant du pays dans les années 70-80. Parti étudier l’architecture aux États-Unis puis en Europe, il revient à Séoul dans les années 90 et découvre une capitale grouillante de monde, de bruit, de voitures... et de projets architecturaux à mener ! Dans My Life as an Architect in Seoul, l’architecte raconte le développement de quartiers chers à son cœur, dans lesquels plusieurs de ses projets ont pu être menés. A travers ses projets s'exprime son amour pour Séoul et pour sa profession. C’est encore l’amour qui lie les bâtiments et les habitants, qui connecte la nature et la création architecturale. Cho Byoung-soo rend compte des nombreux paradoxes qui caractérisent la ville de Séoul, qui sont autant de failles dans lesquelles il glisse habilement son œil avisé d'architecte expérimenté.
Du côté des ouvrages traitant de l'architecture, ancienne ou contemporaine, en Corée, nous avons :
Trésors de Corée - Bulguksa et Seokguram
qui met magnifiquement en lumière la grotte de Seokguram (석굴암) et le temple
Bulguksa (불국사) construits au VIIIe siècle sous le Grand Silla et constituent
la plus belle réalisation d'architecture bouddhique jamais construite en
Corée du Sud.
La forteresse de Kaesong : catalogue de l'exposition sur les recherches archéologiques conjointes de la forteresse de Kaesong
Inside The Korean House: Architecture and Design in the Contemporary Hanok qui offre un aperçu rare des hanoks coréens avec une visite inédite à travers les intérieurs modernes de douze magnifiques maisons traditionnelles.
Si la Corée du Sud fascine aujourd’hui le monde grâce à la K-pop, aux séries ou son cinéma, elle révèle, à travers ses beaux-arts, une profondeur historique et esthétique tout aussi remarquable. Des fresques funéraires de Koguryo aux céladons de Goryeo, des porcelaines épurées de Joseon aux expérimentations contemporaines, de l’élégance intemporelle du hanbok aux audaces du design graphique et architectural, l’art coréen n’a cessé de se réinventer sans jamais rompre avec ses racines. Ce parcours met en lumière la spécificité de l'art coréen : le dialogue subtil entre tradition et modernité. Loin d’être figé dans un héritage patrimonial, il s’inscrit dans une dynamique vivante, nourrie d’influences extérieures, de bouleversements historiques et d’innovations techniques, mais toujours animée par une quête d’harmonie, de sens et d’identité.
Ainsi, s’intéresser aux beaux-arts coréens, c’est dépasser l’engouement pour la hallyu et découvrir une culture visuelle d’une richesse exceptionnelle, encore trop méconnue en dehors de la péninsule. En réalité, il y aurait encore bien plus à en dire...
A venir...:
K-beauty : beauté coréenne, histoire d'un phénomène, un ouvrage retraçant l'histoire de la K-beauty en tant que phénomène mondial. À la fin du 18e siècle, la Corée dominée par le courant néo-confucianiste célèbre une esthétique féminine particulière : vêtements fluides, peau pâle, maquillage et coiffures raffinées. Les peintres qui immortalisent ces beautés, dont Shin Yun-bok, participent à l’élaboration d’un patrimoine visuel qui influence durablement la culture populaire coréenne. Cette culture raffinée, où les cosmétiques puisent dans la pharmacopée traditionnelle, lie beauté, harmonie et équilibre intérieur. Marqué par des dominations et influences étrangères successives, le 20e siècle en Corée voit l’émergence de codes esthétiques nouveaux. Photographie, cinéma et industrie cosmétique naissante diffusent et ancrent ces nouvelles normes tandis que le « miracle économique coréen » met patrimoine, art et cosmétique au cœur du discours culturel.