
La fiction rurale de Mo Yan : modernité et engagement littéraires
Tran, Phung (1978-....) , Zhang, Yinde (1956-....) , Zhang, Ning (1958-.... ; professeur de littérature chinoise)
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Résumé
La fiction rurale de Mo Yan
Modernité et engagement littéraires
En 2012, l'Académie suédoise décerne au Chinois Mo Yan (1956-) le prix Nobel de littérature, soulignant le « jugement critique » qu'il porte sur la société chinoise contemporaine. Cette attribution suscite aussitôt la polémique. D'un côté, les dissidents chinois accusent Mo Yan d'être un « poète d'État », dont les critiques du Parti communiste chinois (PCC) se limitent à la gouvernance locale et à l'époque maoïste. De l'autre, le PCC lui reproche de vouloir flatter les puissances étrangères en abordant délibérément les aspects sombres de la Chine.
Fils de paysan, Mo Yan poursuit depuis plus de trente ans une oeuvre clivante, complexe et moderne. Inscrivant ses oeuvres dans la « fiction rurale », dont l'émergence dans la littérature chinoise à l'orée du XXe siècle est perçue comme signe de la modernité littéraire, le présent ouvrage met en perspective l'éclairage sociohistorique de Mo Yan sur la Chine rurale des périodes maoïste et post-maoïste. L'étude des quatre romans les plus significatifs de l'écrivain invite à découvrir la condition paysanne au gré des réformes rurales et des violences de l'histoire chinoise du XXe siècle. La démarche est éclairée par l'analyse de trois principes esthétiques essentiels chez Mo Yan - innovation littéraire, transfiguration littéraire de l'Histoire et autoréflexion - qui ont pour fonction d'empêcher la parole, la sienne y comprise, de devenir normative. Cet espace littéraire que l'auteur instaure au sein de sa création à l'intention du lecteur, et dans lequel coexistent la critique et sa contre-critique, demeure pertinent à l'époque actuelle où les sociétés contrôlées par un régime autoritaire côtoient les sociétés démocratiques, désormais dominées par les « fake news », la polarisation des opinions et la montée des mouvements sociaux radicalisés.